samedi, octobre 16, 2021

Afrique: comment mettre fin à la malédiction minière

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A l’image de l’attention portée par le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) à l’évolution du climat, un organisme mondial doit être créé pour suivre l’évolution des ressources épuisables comme les minerais préconise, dans une tribune, Olivier Kamitatu, ancien président de l’Assemblée nationale

De toute l’histoire de l’humanité, jamais autant de ressources minières n’ont été extraites des entrailles du sous-sol. Au rythme de notre consommation, cobalt, cuivre, manganèse et autre lithium auront disparu des couches terrestres dans 400 à 500 ans. A l’épineuse question du changement climatique doit donc être associée celle de l’exploitation des ressources naturelles comme biens communs de l’humanité.

Ralentir la frénésie d’extraction pour éloigner les dates d’épuisement et préparer le monde à une transition énergétique, climatique et technologique se pose comme un des grands défis du XXIe siècle.

En Afrique, nombre d’Etats fragiles disposent de réserves importantes de minerais et de terres rares. Avec ses 100 millions d’habitants dont la grande majorité vit avec moins de 1,7 dollar/jour, la RD Congo est un exemple de ce paradoxe d’une richesse minière extraordinaire et d’une pauvreté de masse des populations. Le pays figure parmi les Etats disposant des plus grandes réserves connues au monde de cobalt, de cuivre, de lithium, de colombo-tantalite et de quantité d’autres minerais rares. Les produits miniers constituent 99 % des exportations du pays, dont près de 40 % sont destinées à la Chine, et contribuent à près de 30 % de PIB.

Depuis près de 30 ans, l’effondrement de l’Etat a conduit à l’exploitation illégale des ressources minières et leur convoitise par les pays voisins. Devenu un véritable sanctuaire pour les groupes armés venus de l’étranger et des milices locales dont la plupart vivent de l’exploitation de carrés miniers, le pays est ravagé par des guerres à répétition. Des massacres sont perpétrés dans les provinces de l’Est, des Kivu et de l’Ituri par des milices téléguidées par des responsables politiques, des hommes d’affaires voire des groupes étrangers.

Le pays compte 5 millions de déplacés internes et quelque 910 000 Congolais ont trouvé refuge dans les pays voisins. Et près de 27 millions de Congolais vivent dans l’insécurité alimentaire parmi lesquels 3,3 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. La malaria provoque 17 000 morts par an, la rougeole 5 000 morts et Ebola en est à son 11e épisode.

Depuis 1999, la RDC accueille la plus importante mission de paix des Nations Unies qui a dépensé plus de 20 milliards de dollars en 20 ans pour assurer la paix et la stabilité du pays. En juillet dernier, le conseil d’administration du FMI a autorisé la libération de 1,5 milliard pour soutenir un pays vivant largement des aides extérieures. En contrepartie, les autorités ont pris l’engagement de publier les contrats miniers ainsi que d’engager les réformes visant à améliorer la gouvernance et rendre le pays attractif aux investissements.

LE CHIFFRE D’AFFAIRES DU SECTEUR MINIER ARTISANAL CONGOLAIS APPROCHERAIT 1 MILLIARD DE DOLLARS PAR AN

Sous la dictée de la Banque Mondiale, elles ont promulgué un code minier incitatif, révisé en 2018. La production de cuivre, qui avait chuté à 40 000 tonnes par an en 2000, sera portée à 1,6 million en 2024. En 2007, la Chine a signé un contrat de 6 milliards de dollars de travaux d’infrastructure en échange de livraisons de cuivre et autres minerais. Quinze ans plus tard, la RDC n’a pas évalué précisément si les infrastructures ont bel et bien été réalisées pour le montant indiqué.

MALEDICTION

Aux côtés des grands groupes miniers qui se taillent la part du lion, un million de mineurs – parmi lesquels des enfants – travaillent à l’extraction artisanale du cobalt, du cuivre, de l’or et du coltan. Le chiffre d’affaires du secteur minier artisanal congolais approcherait 1 milliard de dollars par an. Dans un environnement caractérisé par le non-respect des textes légaux, le financement des groupes armés et des milices, la violation ou le non-respect des normes environnementales, l’exploitation illicite, l’accaparement illégal des terres, une poignée d’entreprises chinoises tirent leur épingle du jeu.

La RDC n’est pas le seul Etat défaillant disposant de richesses mais en incapacité de délivrer à sa population un minimum de services sociaux de base. Parmi les dix derniers pays africains à l’Indice de développement humain (IDH), la RDC côtoie le Mozambique, le Sierra Leone, le Mali, le Sud Soudan, le Tchad, la Centrafrique et le Niger, tous regorgeant de ressources naturelles (pétrole, gaz, diamant, uranium, cobalt, cuivre, or…). Chacun d’eux souffre de la malédiction des ressources naturelles.

Pour en finir avec ce paradoxe, le projet d’Initiative pour la transparence dans les industries extractives a été présenté en 2002. Un de ses grands mérites est d’associer la société civile en tant qu’acteur à part entière aux côtés des gouvernements et des entreprises. Cela a permis d’améliorer les bonnes pratiques mais reste insuffisant.

Il ne peut être indéfiniment question pour le Sud de vendre ses matières premières en échange de biens manufacturés

L’explosion démographique du continent africain, qui comptera en 2050 plus de 2,4 milliards d’habitants dont la moitié aura moins de 24 ans, implique d’accueillir des millions de nouveaux entrants sur le marché de l’emploi. Faute de les absorber, la massification du chômage chez les jeunes et la précarité vont inévitablement conduire à de très fortes contestations sociales et à de grandes migrations.

Les autorités doivent donc favoriser la création de la valeur ajoutée, en imposant un pourcentage de traitement des minerais bruts et de transformation dans le pays d’origine. Elles doivent aussi améliorer la formation. C’est un passage nécessaire et indispensable pour réussir la transition démographique. Il ne peut être indéfiniment question pour le Sud de vendre ses matières premières en échange de biens manufacturés.

Un nouveau modèle doit naître. A l’image de l’attention portée par le GIEC à l’évolution du climat, un organisme mondial doit être créé pour suivre l’évolution des ressources épuisables comme les minerais. L’évaluation et la certification des réserves permettront de déterminer les échelles de temps en termes de prospectives, de répondre aux besoins de développement des pays producteurs, de conduire à la création de nouveaux instruments financiers, notamment à la titrisation des ressources. Cela doit s’accompagner d’un programme de diffusion d’informations couvrant les tendances technologiques. Il y a près de 50 ans, cette proposition a été formulée par économiste américain Robert Solow. Il est temps de la mettre en œuvre. 

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